La réforme n’est qu’une forme de gestion du changement à grande échelle, appliquée à la collectivité. Les recettes adéquates sont connues depuis longtemps et la littérature qui leur est consacrée abondante. Force est de constater qu’elles sont mises en oeuvre laborieusement et de manière chaotique dans le domaine de la protection sociale.
Tout d’abord, il faut créer un consensus autour de l’urgence à réformer. Il n’est pas possible d’expliquer aux électeurs que le déficit de la Sécu est un problème alors que tous les comptes de la nation sont dans le rouge et qu’on repousse sans cesse à des lendemains qui chantent un traitement global de ce qu’il faut bien qualifier de maladie chronique.
Pour avoir une chance de réussir une réforme une fois que l’on est convaincu de l’urgence de la faire, il faut réunir une coalition majoritaire pour l’appuyer. La réforme de l’assurance maladie en Allemagne, votée par tous les grands partis politiques, est l’exemple de ce qu’il faut faire. Nous sommes loin de ces bonnes pratiques, avec des oppositions successives qui cultivent l’inconscience et qui n’ont d’autre cheval de bataille que de flatter les penchants les plus détestables du corps électoral.
Ce qui précède n’a de sens que si l’on arrive à se projeter dans l’avenir avec une vision positive. Le bouclage des comptes à trois mois ne peut pas être la seule finalité de l’allongement de la durée d’activité ou de l’augmentation des budgets santé.
La communication est donc essentielle. Elle doit se faire dans le respect des interlocuteurs, dont le sens critique s’est développé de façon exponentielle en quelques décennies. Ce qui implique d’arrêter de raconter n’importe quoi et de se contredire sans cesse.
Enfin, les réformes proposées doivent être crédibles, et pour cela réellement changer les choses. Ce n’est le cas d’aucune réforme récente. Le dossier médical personnel ne générera aucune économie. Le bouclier sanitaire ne réglera aucun problème de fond. Le décret employeur public ne peut en aucun cas améliorer la couverture sociale des fonctionnaires. Les franchises ne font que compliquer un mode de remboursement déjà passablement délirant. La seule piste pertinente, la régulation géographique de la démographie médicale, a été abandonnée devant les résistances de la corporation. Que de temps perdu !